L'ENS-Ulm : Ma visite et l'histoire du cœur intellectuel de la patrie !

Cher lecteur, cher lectrice... 

Le monde est vaste, abyssal et peu parfois sembler capable de nous engloutir tant il nous fait peur. Néanmoins face à ces visions titanesques semblables aux Hécatonchires, Chimères et au Tartare... le cosmos vient compenser le chaos. L'ordre prime, le savoir sauve et l'espoir triomphe... même face à l'ineffable et l'impossible. Une force ultime, imbattable et métaphysique capable de porter les hommes à un seuil réel les faisant dépasser même les personnages de la fiction. Ce savoir, c'est la science, la sagesse et la discipline ainsi que le désir de se surpasser en tout instant. 

La science, peut être vue comme la discipline de soi mais aussi celle de l'observation du monde : le scientifique doit se faire muet par rapport à son propre opinion, pour écouter celui de la nature, ce qui est très difficile. Nous avons souvent tendance à favoriser notre propre interprétation du monde, en nous plongeant dans des visions oniriques par évasion, faire de la science le monde de soi au lieu de faire du monde de soi celui de la science. 

Un lieu excelle plus que tous à représenter cet espoir, cette lumière et cet ordre de la pensée et du savoir :

L'ENS-Ulm. 

Combien de générations ont-elles sacrifiées leurs temps, leurs passions et leur santé physique et mentale pour espérer atteindre ce lieu presque sacré ?

Combien de récits peuvent-ils marquer la lutte inéluctable de l'Homme afin d'ascensionner socialement, intellectuellement et personnellement.

Luttes après luttes, existences après existences, tous investissent et pourtant parmi les milliers de candidats : seuls quelques miraculés, atteindront les bancs de cet institut d'élite.

Ces bancs qui vont former les meilleurs chercheurs, les plus savants hommes et l'élite du monde de demain : sérieuse, imbattable et rigoureusement stricte. 

Néanmoins, nuançons cette vue très stéréotypée qui fut celle que j'ai ingurgitée toute ma vie de l'excellence, car elle est fausse : très fausse, même. En effet, l'excellence n'est pas la fermeture du soi et les livres, dès fois il faut savoir s'amuser et les étudiants de l'ENS-Ulm s'amusent.. beaucoup !

L'ENS est un lieu où le savoir prospère, la sagesse est acquise mais surtout où l'humanité prime et où votre vision de l'excellence sera piétinée après cet article du premier mot jusqu'au dernier !

J'espère pouvoir vous faire vivre ce rêve, avec autant d'intensité que je l'ai moi-même vu, lorsque dans le cadre du projet Allons Enfants de la Culture, j'ai eu l'occasion de le visiter. 

Ce lieu où la recherche, devient si importante, qu'elle définit la réalité et l'évolution de l'humanité.

Ayant été admis au lycée Janson de Sailly en MP2I, mais aussi à l'internat de la réussite Jean-Zay, j'ai pu participer à un tirage au sort pour le projet "Allons enfant de la culture !", en collaboration avec l'ENS. 

Ce projet, ayant comme but de mettre en contact les élèves de l'internat avec des étudiants de l'ENS-Ulm afin de construire un dialogue mais aussi d'assister à des évènements culturels.

Parmi ces évènements, un m'a particulièrement marqué : la visite de l'ENS-Ulm.

J'ai eu une chance incroyable à vrai dire... seuls 10 élèves ont été tirés au sort, et de ce que j'ai entendu une centaine avait candidatée. C'était une occasion en or, de visiter cet institut d'excellence mais en parallèle d'éclairer mes connaissances sur un lieu unique dont la visite n'est qu'une chance abyssale à explorer.

I - L'histoire et l'objectif de l'ENS. 

Selon un étudiant de Ulm a qui j'ai parlé "de base, c'était un internat pour former les professeurs.", cette phrase est juste historiquement et pour comprendre son sens revenons en 1794 !

Oui, ça fait longtemps, la terreur et la révolution française jonchent cette époque où la France est toujours en état de révolution (sachant que la révolution française, peut être considérée comme ayant durée 10 ans je rappelle).

Le 9 brumaire de l'an III, soit le 30 octobre 1794 la convention de Paris porte comme projet de fonder l'Ecole Normale Supérieure. L'objectif initial est alors de créer un institut pouvant donner une formation de haut-niveau à ses étudiants, pour former des enseignants pouvant fournir une formation de qualité sur l'ensemble du territoire français. 

Lors du XIXème siècle, celle-ci est exposée à des mutations majeures sous l'égide de Napoléon qui décidera de supprimer le pensionnat. Dès alors, le processus d'admission change même, avec l'admission s'effectuant en fonction des résultats académiques du lycée du candidat ainsi que des siens.

Néanmoins suite à la chute de Napoléon et à l'arrivée de Louis-Philippe au pouvoir, l'institut  prend le nom d' "école normale" en 1830 et se voit recevoir des fonds en 1841 ainsi qu'un terrain à la rue d'Ulm... annonçant déjà des changements au niveau de son organisation.

Lors du XXème siècle néanmoins, l'ENS fait face aux deux guerres mondiales : la première pousse des étudiants aux fronts, ils feront parti des morts qui seront plus tard honorés. En parallèle, lors de la seconde Guerre-Mondiale, entre 1939 et 1940 l'ENS est déplacée à Clermont-Ferrand, en vue du contexte géopolitique et des risques majeurs de bombardements.

Les femmes s'inséreront également tout au cours du XXème siècle à l'ENS qui s'ouvre alors suite à plusieurs conventions, et permet un plus grand accès à la formation dispensée. C'est néanmoins au XXIème siècle, que l'ENS évolue : elle devient plus accessible socialement, l'égalité des chances croît (réduction des inégalités, bien qu'encore présentes entre les formations préparatoires) et l'ENS fournit enfin son propre diplôme (le "DENS" : Diplôme Ecole Normale Supérieure) bien qu'avant l'école préparait à un M2 avec une formation prestigieuse mise en valeur sur le marché du travail.

Initialement, nous constatons bel et bien l'intention de formation à l'apprentissage en prenant un certain recul par rapport à l'institut : son objectif, étant de garantir une éducation de haut-niveau pour une prolifération du savoir à l'échelle nationale. 

Nous pouvons néanmoins prendre du recul par rapport à cet objectif, en nous interrogeant sur son achèvement, en effet les inégalités sociales priment encore aujourd'hui et le pays ne compte que 4 ENS situés de façon disparate. Il en découle, que l'accès à des formations comme celle-ci est restreint, sans même parler des inégalités sociales (un enfant avec un parent ayant été à l'ENS est plus de 200 fois plus susceptible d'y entrer) : tout ceci éveille des questions profondes, quels changements et quelles mesures politiques auraient-pu causer une réussite que l'on peut considérer aujourd'hui partielle de ce projet. 

De plus, sachant que les ENS sont relativement isolés et souvent reliés à Paris, l'objectif de l'ENS de former des enseignants aptes à fournir des formations de qualités dans le supérieur aurait-il échoué ? 

Si oui, j'aurais tendance à dire que cela vient de l'"industrialisation" du savoir au profit de son apprentissage exhaustif dans une société où l'on prépare l'individu à devenir un employé plus qu'un penseur. Ce qui se reflète même par le fait que l'on ait arrêté d'apprendre l'algorithme de calcul de racine carrée voire d'autres et réduit le niveau, pour permettre à plus d'individus de "réussir" au prix de la distribution d'une formation de qualité.

Moi-même étant en classe préparatoire, c'est un fait que j'observe, le niveau est très élevé et notre éducation semble alors relever sur ces principes fondamentaux de l'excellence et du travail acharné ainsi que d'une discipline stricte pour venir à bout de toute difficulté. La différence étant stricte, entre le niveau en province et le niveau à Paris. 

La question reste donc à pondérer... 

II - L'ENS, un havre de savoir et de fun !

Allons droit au but, l'ENS est le plus grand institut du pays, dans le cadre de mon admission à l'internat de la réussite Jean-Zay (en vue à mon admission en MP2I à Janson-de-Sailly) : j'ai eu l'occasion d'être sélectionné parmi des centaines de participants au projet "Allons Enfants de la culture !" en collaboration avec l'ENS. Oui, j'ai eu beaucoup de chance...

Le projet, dure durant l'ensemble de l'année et nous permettra à nous étudiants des internats de la réussite Jean-Zay (site du Docteur Blanche, et site Port-Royal) de participer à des activités culturelles, intellectuelles et pédagogiques avec des étudiants de l'Ecole Normale Supérieure d'Ulm. L'une de ces activités, fut la visite très enrichissante de l'ENS-Ulm. Cette visite, a non seulement eu un but éducatif et instructif pour nous permettre d'établir un dialogue et d'apprendre sur les débouchés de l'ENS ainsi que l'institut mais également didacticiel par rapport à l'expérience en classe préparatoire et à ce que à quoi l'on devrait s'attendre. J'ai eu surtout l'honneur, de recevoir la permission de prendre des photos pour mon blog ce qui me permet aujourd'hui de vous partager cette visite. 



Tout d'abord, l'établissement est très propre (à l'instar de Jean-Zay), et surtout il est agréable à visiter et l'on ne se sent pas étouffé. En effet, l'institut malgré son nom de poids énorme n'a pas une taille proportionnelle à sa grandeur : la navigation y est donc facile. Dès votre arrivée, vous serez accueillis par cette magnifique entrée qui reflète à la fois l'histoire du lieu tant que sa richesse culturelle. 




L'air est propre, l'atmosphère est presque envoûtante et l'on voit les structures à l'architecture traditionnelle sembler tout simplement à leur place. Une fois les barrières franchies, on entre dans un nouveau monde où tout est très bien entretenu et où chaque paysage est encore plus symbolique que le dernier... mais hélas ! Hélas, ce type de discours ne reflète point à quel point ma vision élitiste et disciplinée de l'ENS fut RENVERSÉE une fois que j'ai pu apprendre les qualités de cet institut. 

Tout d'abord, faites place à la fontaine :

Oui, l'image est découpée mais c'est car sinon l'on voyait des étudiants et je n'ai pas envie de les mettre sur mon blog sans leur consentement. Néanmoins, la fontaine est assez belle et la première chose qu'on remarque est l'aspect très végétal qui la caractérise, Ulm a pas mal de plantes ce qui rend le lieu convivial au niveau de la cour où celle-ci se situe.
En entrant, vous êtes confrontés en premier à la fontaine traditionnelle de Ulm : elle est connue pour ses poissons qui à la vue sont variables, j'ai vu des poissons noirs (dont je n'ai malheureusement pas le nom) mais surtout des poissons rouges qui sont particulièrement aimés par les étudiants.


La fontaine est apaisante, et apparemment les poissons seraient capable de survivre aux tempéraments les plus sauvages : hiver, été et printemps mais surtout... les sauts des étudiants à 23h30 dans la piscine en torse nu. 

Oui, j'ai été initialement choqué d'apprendre qu'à Ulm, c'était permis : en effet, ayant grandi à Strasbourg j'étais conditionné à cet attitude presque épiscopale envers le travail et l'attitude à en général conserver en tant qu'élève rigoureux.

Si je réussissais académiquement, mes professeurs pouvaient me dire d'être plus rigoureux par rapport à mon caractère d'élève "excellent" et de ne pas trop rire.
Cela ne m'a pas empêché de trouver un équilibre entre comique et sérieux, notamment au carnaval de mon lycée où je m'étais déguisé en roi. 
Bien évidemment, c'était toujours sous cette impression suite à ces évènements que l'élève "parfait" était celui constamment sérieux et travailleur.
En prépa c'est le cas, de ce que j'ai vu mais en dehors de ce cadre acharné ça ne l'est plus. Même en prépa, les meilleurs de ma classe savent rire et portent un caractère fort admirable simultanément.
On grandit avec tant de préjugés sur l'excellence, que dès fois ça fait bizarre de voir la vrai face de l'excellence :
celle d'une vie habile à la forme plurielle et variable de façon humaine et non machinale.

Moi et mes camarades avons tous étés choqués en apprenant que c'est ce qu'il se passait à l'ENS-Ulm : sauts dans la piscine à 23h30 en torse nu mais surtout nous étions morts de rire... L'histoire remonte à la journée d'intégration de l'ENS-Ulm où les étudiants se seraient défoulés à fond. 

Nous pouvions nous dire que l'élite de la nation, provenant de cet institut qui formerait potentiellement de futurs présidents ou ministres voire des chercheurs qui auraient un impact sur le futur de l'humanité pouvait se permettre de tels moments d'amusements. 

De plus, la scène comique se poursuivit : on nous expliqua que l'ENS est protégé par le patrimoine et que là où ils avaient voulus rajouter des statues de femmes dans la cours centrales, cela les en avait empêché.

Avec la plus grande rigueur, je les ai interrogés sur les conséquences de cette protection au patrimoine au niveau des travaux et de si ça avait déjà causé des problèmes lorsque des éléments de l'institut se cassaient :

"Alors oui, plus d'une fois ça a causé un problème... mais notamment la fois où on a cassé accidentellement le bras de la statue je crois."... j'étais mort de rire.

Il me semble, avoir été parmi les élèves de Henri IV et Louis le Grand étant donné que la sortie comportait tant bien les élèves de l'internat de la réussite Jean-Zay du site de Port-Royal là où je suis de celui du Docteur Blanche. Je ne vais pas mentir que ça les a fait pas mal rire. L'ambiance était donc à son comble, et au point même superlatif mais cela n'a pas empêché de continuer la visite malgré l'absurde antithèse entre savoir et amusement. Une antithèse qui me sembla brisée.

On nous a également présenté le pôt (soit la cantine) et on nous a expliqué que la nourriture proposée y était excellente (heureusement) tout en nous dirigeant vers le bâtiment râteau qui contenait la bibliothèque. Un détail intéressant était le fait que apparemment les étudiants de Télécom Paris (j'espère ne pas faire d'erreur, en vue de mes notes mais si j'en fais je prie un normalien de me contacter) feraient des cours de danse. 

Voici une vue du pôt (droit devant) depuis la bibliothèque de l'ENS-Ulm. Au niveau de la gauche, il y'a l'entrée à la cour et à droite il y'a le bâtiment râteau (ou le "temple" pour les familiers) et en dessous du point où la photo est prise il y'a le passage vers la cour Pasteur. 


Une fois dans le bâtiment râteau, nous avons visité la bibliothèque de l'ENS et c'était certainement l'une des parties les plus mémorables de cette visite :


Oui, c'est la première image que je met de la bibliothèque malgré toutes celles que j'ai prise : elle m'a fait assez rire.
Passons aux reste d'entre elles :







Néanmoins, voici les images les plus belles de la bibliothèque donnant accès à des œuvres historiques et à une ruche à patrimoine : 













La bibliothèque comme vous le voyez est un lieu magnifique, avec une grande diversité en termes de livres : il faut savoir que par le passé les anciens élèves de l'ENS-Ulm y avaient un accès à vie, mais maintenant ils n'y ont accès que sous réserve de cotisations en vue de la situation géopolitique du pays (le monde s'effondre, mais gardons espoir car c'est à nous les citoyens et chercheurs de le sauver par l'action civile et le partage du savoir et de la sagesse).

Néanmoins, après une visite prompte mais riche en qualité de la bibliothèque (et en photos pour moi), nous fûmes amenés à la cour Pasteur. 

Le lieu porte cette atmosphère romantique (au sens du roman...) et est assez à l'aise à fréquenter, on y voit une certaine expression de la beauté de la nature également (ce que l'on retrouve plus d'une fois à l'ENS, qui à mes yeux réussit à compiler gestion des territoires verts à l'expansion de l'institut car oui il s'étend en vue des enjeux majeurs de la recherche). 
Cette cour pasteur évoque des souvenirs assez drôles, étant donné que l'on nous a présenté le bâtiment à côté comme le nouveau bâtiment râteau mais aussi comme étant une extension de la bibliothèque. 
L'étudiant de l'ENS ayant présenté le lieu, a aussi mis en exergue que nous étions pas loin du lieu où les oraux étaient passés en science et en littérature, donc que si l'on a la chance d'être admissible l'on reverra la cour Pasteur. 

En parallèle, un étudiant a rigolé du fait que ils se permettait dès fois de faire du trafic de livres, ce qui nous a fait rire avant qu'il y'ait un silence que je coupe avec "Vous savez, ça ça va sur mon blog ?" et que l'on se mette à rire. 

    Après bon... En soi, est-ce que le trafic de livres c'est mauvais, je fais déjà du trafic de cours et de polys pour avoir toutes mes chances aux conc- oups, on va s'arrêter là, vous n'avez rien lu ni entendu ;) 

Suite à un moment agréable de rire, l'on nous a présenté la salle des actes où je n'ai pas eu le temps de prendre des photos mais où une mise en avant étrange des choses m'a marquée (que du coup j'ai prises en photos) :



Cher lecteur, si vous êtes admissible à l'ENS vous reverrez ces chaises car en effet elles sont devant là où les candidats passent les oraux pour les concours une fois admissibles permettant l'échantillonnage final : ces chaises, ont probablement supporté plus d'histoires symboliques et de rêves et d'espoirs que tout stylo ou toute encre étant donné qu'elles marquent le dernier combat à gagner avant de triompher face aux concours. On peut facilement s'imaginer qu'elles ont portées des vies, des rêves, des succès et des échecs.

III - Le dialogue avec les élèves de l'ENS.

Suite à une visite, dont les couloirs et leurs variétés semblaient presque les mêmes que celles d'un parasélène nous avons eu l'occasion de mener un dialogue avec les élèves de l'ENS suite à une présentation de chacun d'entre nous.

En entrant dans la salle, je ne vais pas mentir que mon cerveau est directement passé en mode "colle" et que j'ai eu les mots "Okay, choisissez un tableau" qui ont résonné en moi et que le réflexe des oraux s'est activé. C'était assez drôle car moi et les autres étudiants de Jean-Zay ont eu la même impression, celle qu'on allait être collé alors qu'on était dans un cadre détendu. L'équipement est cool et il y'avait quelques affiches dans la salle choisie. 

Tout d'abord, nous avons pu apprendre plusieurs choses : beaucoup estiment avoir été chanceux aux concours, plus que d'avoir été intelligents. Ils sont tombés sur un thème où ils étaient particulièrement forts, ou alors les circonstances étaient en leurs faveurs et ils ont su restituer le raisonnement qu'il fallait mettre en avant de façon correcte. Encore plus choquant, le classement en prépa semble ne rien représenter en concours : un étudiant était 33ème de sa classe, dans le dernier tiers et pourtant avec un travail acharné aux concours il a réussi par se démarquer. Il ne faut donc jamais abandonner, toujours croire en ses rêves malgré tout, et surtout savoir que la prépa c'est une occasion incroyable.

Selon les élèves de l'ENS-Ulm, il est plus dur d'entrer en prépa parisienne que à l'ENS : en effet, seul 5% des candidats aux concours y entrent mais pour les prépas parisiennes moins d'1% sont en général admis dans une telle classe préparatoire. Dans mon cas, il me semble que pour la session 2025 à Janson de Sailly en MP2I c'était 0,84% d'où j'étais encore plus impressionné : se dire que l'on a fait un tel exploit, et que en plus on a réussi à être admis dans une classe préparatoire d'élite est tout autant rassurant quant à nos futures opportunités si l'on s'investit. On nous a aussi dit que le syndrome de l'imposteur dure même après la prépa, et que il est bien visible même pour eux et que ça aide qu'à l'ENS les "génies incroyables" sont rares pour faire face à ce syndrome.

En termes d'ambiance, les étudiants rapportent qu'ils travaillent bien moins que en classe préparatoire : il y'a même la possibilité d'éviter d'avoir cours le vendredi car les étudiants choisissent leurs propres cours. Il y'a une certaine liberté, notamment en vue de l'entrée dans la vie d'adulte et de l'émancipation du cadre de la classe préparatoire qui est nouvelle ainsi que la possibilité de se former dans d'autres départements que celui choisi. Certains mathématiciens peuvent décider de faire de la philosophie en plus, de la littérature et même certains se réorientent bien que rarement et le taux d'abandon serait quasi nul (je ne rigole pas dans quasi nul c'est vraiment JAMAIS voire QUASIMENT jamais selon les étudiants qu'il y'en a une fois que quelqu'un est admis à l'ENS-Ulm). 

De plus, pour le diplôme et la dette envers l'état tout est apparemment beaucoup plus tranquille pour les étudiants : on leur rappelle qu'ils l'ont, mais "entre eux" c'est jamais pris au sérieux voire presque pas. Ils sont déjà à l'ENS-Ulm, donc ils ne sont pas tant dérangés malgré cette dette de 10 ans de travaux dans le public : l'obtention du diplôme est aussi facile, apparemment il est possible de faire tout ça très tôt et d'être tranquille pour le restant de l'année.

Le cadre est donc presque idyllique, avec le fait que l'ENS s'assure que TOUT les boursiers sans exception aient un logement au début de l'année, il y'a aussi des cuisines où les étudiants cuisinent leurs repas entre eux et où l'ambiance est assez bonne. 

Les partiels sont faciles, sauf en sciences où j'ai peut être fait un rappel traumatique à un étudiant en lui demandant s'ils en avaient en sciences et si oui si ça serait aussi difficile que le concours.
"J'imagine que ainsi, il y'a des partiels ?", 
"Oui, en sciences par exemples comme en Physique.",
"Ah je vois, mais du coup les partiels est-ce que c'est aussi difficile que le concours étant donné que ce serait attendu que ce soit maîtrisé ?",
"Eh bien, euh... ah oui mince maintenant que j'y pense", dit-il de façon nerveuse en réalisant que ça serait chaud.

C'était une interaction drôle qui m'a marqué, sachant que si les partiels étaient aussi durs que les épreuves de l'ENS... ce serait les partiels les plus durs de la nation.

Une autre fut la suivante, 
"Attendez, donc enfaite tout les stéréotypes sur l'excellence comme quoi vous êtes des machines sont faux et vous êtes juste des êtres-humains normaux utilisant leurs capacités qui ne s'isolent pas dans les livres et s'amusent comme ils le peuvent quand c'est possible ?",
"Oui, mais maintenant tu en sais trop donc on va t'emmener dans la salle du fond...",
c'était vachement drôle comme réponse, mais ça m'a surtout amené à m'interroger sur une vision archaïque de l'excellence qui était mise en avant depuis longtemps.

En somme, ce dialogue fut à la fois didacticiel mais s'est également défini comme une véritable ouverture d'esprit pour moi. C'est ainsi que je suis sorti de l'ENS-Ulm, finissant ma visite avec une connaissance en plus mais un bon souvenir additionnel :

Le chemin du retour fut cool, je suis passé par le Lycée Henri IV (même si c'était dur de voir l'intérieur du lycée en vue des barreaux au niveau des fenêtres), et par le Panthéon (où Robert Badinter fut inhumé). 

Voici les dernières photos :




                                                                       Le Panthéon.



                                    Une photo de l'intérieur du lycée Henri IV vu depuis une fenêtre.

Lieu passé en rentrant au site du Docteur Blanche (malheureusement nous n'avons pas eu le temps de voir le nom).

Les élèves de l'ENS nous avaient aussi offerts des madeleines, que j'avais appelé les madeleines de Ulm, c'était drôle :




IV - Conclusion : Le chemin parcouru.

Cet article, pour moi porte le symbole du chemin parcouru jusqu'ici tant dans mon parcours scolaire que personnel : passer de Strasbourg à une prépa parisienne n'était pas facile. J'avais pris toutes les options de mon lycée en première pour maximiser mes chances mais en parallèle, j'avais travaillé absolument partout jusqu'à sacrifier ma propre santé. J'étais animé d'une détermination légendaire à fournir un travail qui aurait du sens, donnerait un sens à une existence qui n'en avait pas. J'aurais pu me contenter d'être "normal" et d'aller à l'université, après tout on m'a blâmé pour avoir voulu aller en classe préparatoire parisienne alors que j'avais bien tout planifié avec la bourse et la possibilité d'internat tout en envisageant des options de secours solides. 

J'ai souffert, j'en ai bavé pour atteindre Paris mais j'ai réussi et j'en suis fier : je suis heureux de cette souffrance, qui a donné du sens à ce qui n'en avait pas et m'a fait comprendre que j'ai réussi à construire une vie respectable et belle. 

J'étais durant des années rongé par mon passé, les marques du harcèlement scolaire que j'ai subi au collège ainsi que d'une agression sexuelle et d'une tentative de meurtre mais pourtant je ne me suis pas arrêté : j'ai persévéré, porté les flammes et l'agonie de mon cœur en tant que carburant pour exceller. J'ai goûté à l'enfer, j'ai atteint le septième cercle et j'ai fait mon épopée pour en sortir en vainquant chaque strate une par une : en investissant toute mon âme dans une ascension rigide, puissante et passionnée.

Le meilleur ? C'est que ça a marché, j'ai réussi : j'ai atteint mon objectif et j'étais heureux d'être admis à Paris, j'ai tiré un obus contre mon passé et je l'ai oblitéré avec la foi en un demain meilleur. Nous ne pouvons peut être pas réparer le passé, mais nous pouvons construire le présent et cela suffit.

Aller à l'ENS-Ulm, c'était de la chance mais aussi une conséquence du travail que j'ai fait pour assurer mon admission à Jean-Zay : le 171ème national au TeSciA était le dernier admis à Janson de Sailly, j'ai moi-même donc bien fait de maximiser mes chances. 

De plus, passer d'un lycée de province mal classé à un lycée très bien classé était d'autant plus un honneur.

Aujourd'hui quand je regarde mes responsabilités, que ce soit en tant que délégué de Jean-Zay ou de ma promo voire même membre du Conseil d'Administration de Janson de Sailly je ne me dis qu'une seule chose : 
Il y'a 5 ans, c'était inimaginable, il y'a 5 ans je n'étais pas cet individu rigoureux et acharné qui cherchait à desceller l'univers mais rien qu'une scorie de ce qui avait été une fois un homme :
j'ai donc du me reconstruire.
L'avantage quand on perd tout, c'est qu'on peut prendre des parties nouvelles pour se reconstruire, et c'est ce que j'ai fait.
J'ai pris unes par unes, les parties d'un savoir ésotérique, celui de la sagesse et des mathématiques ainsi que de la science et j'ai atteint mon rêve.
C'est pour ça que peu importe ce qui arrive aujourd'hui, je sais que si j'ai survécu à mon passé : je survivrai à mon futur, et je survivrai à mon présent.
Quelconques soient les difficultés que j'endure, quelconques soient les notes en prépa, quelconques soient les rivalités, quelconques soient mes peurs et mes défis.
Je pourrais triompher, si je verse toute mon âme et mon énergie vitale dans ceci :
la réussite et la passion de se surpasser.

Je me souviens d'une plaidoirie que j'ai faite au Lycée Louis-Pasteur en 2025 sur le harcèlement scolaire, elle était particulièrement personnelle en vue de mon expérience et j'ai eu l'occasion de dénoncer ce que j'ai vécu :

Les journalistes avaient mal marqué mon nom, mais j'ai bien le prix de la plaidoirie dans ma chambre et je suis reconnaissable sur la photo. 



Je suis visible à gauche, en veste bleue entrain de sourire au cas où vous vous le demandez. 
L'ambiance était superbe, mais chacun avait quelque chose à partager à ce concours de plaidoiries laissant un souvenir tout aussi marquant. 

Je pense, qu'après tout ce que j'ai vécu et qu'après tout ce que j'ai eu la chance de voir que je n'ai qu'un message à vous donner à vous lecteur : n'abandonnez jamais, portez en vous la flemme de la sagesse, de la pureté et de l'honnêteté intellectuelle. Elle vous mènera à la compréhension de la réalité, plus que l'industrialisation du savoir qui vous mènera à un champ stérile. Peut-être que vivre, ce n'est pas goûter à tout les plaisirs, toutes les saveurs jusqu'à en devenir fou mais plutôt construire un savoir qui nous permet de se sentir connecté à l'univers et à soi et peut être que les études… c'est ça. 

Je vous laisse l'article :

https://www.dna.fr/education/2025/05/29/harcelement-scolaire-gaza-19-lyceens-de-louis-pasteur-s-essayent-a-la-plaidoirie

Finalement, cette visite à l'ENS m'aura beaucoup appris sur l'institution mais également donné réellement envie de viser au bout de mes années de classe préparatoire l'ENS-Ulm. Néanmoins, mon rêve reste de devenir ingénieur à la fois pour avoir accès au pouvoir de la création que garantit la science appliquée au monde réel mais également pour fonder ma propre entreprise et m'insérer professionnellement dans un domaine.
J'aspire à exceller et à innover comme personne ne l'ose, alors je ferai de mon mieux pour atteindre mon rêve.

Alors... cher lecteur, après tout ce que j'ai écrit ici je n'ai qu'une demande à vous formuler, suivez votre rêve aussi fou qu'il soit et aussi impossible qu'il paraisse : on est plus surpris par nous-mêmes que par n'importe qui. Prouvez alors qu'en vous, il réside l'âme d'un guerrier, capable de terrasser tout défi et de survivre face à un monde si civilisé et pourtant si animal dans sa manière de fonctionner à travers le travail.


Choisissez le défi et jamais la facilité, visez-haut et atteignez l'impossible : nous ne vivons qu'une fois, alors que notre seule vie vaut plus que toutes les vie que l'on pourrait s'imaginer expérimenter. 

Seulement ainsi, nous pourrons avoir dit "J'ai existé.". 

Cordialement, 
DAOUADI Zine-Eddine Chahine.

Cet article est mis à votre disposition sous la licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0). 

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